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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 21:20

En septembre, un journaliste télé, sur son temps de congé, filme l'interpellation d'un Indigné dans le métro. La police lui confisque son téléphone et efface la vidéo, qu'il a finalement réussi à récupérer.

 

Depuis quelques années, les relations entre les forces de l’ordre et ceux qui les filment ou les photographient, qu’ils soient simples passants, militants ou journalistes, se compliquent. Nous avons déjà parlé ici de plusieurs épisodes conflictuels. Très récemment, le site Copwatch Nord-Île de France a été interdit par la justice. En janvier dernier, faute de carte de presse, un journaliste des Inrocks est emmené au commissariat lors d’une manifestation. En juin 2010, le Syndicat national des journalistes porte plainte après qu’un journaliste de France 3 affirme avoir été giflé par un policier en civil lors d’un déplacement du président Sarkozy. D’autres altercations sont régulièrement rapportées.

Emmanuel Raoul est journaliste sur une chaîne d'information. L’après-midi du dimanche 18 septembre, alors qu’il se promène avec sa compagne, il tombe sur une interpellation dans les couloirs du métro parisien et se met à filmer avec son téléphone portable. Un policier l’en empêche, confisque son téléphone et efface ses images. La hiérarchie policière rappelle régulièrement aux fonctionnaires qu’ils ne doivent pas s’opposer à être filmés ou photographiés sur la voie publique s'ils n'appartiennent pas à la liste des fonctionnaires protégés, et surtout n’ont pas à détruire les vidéos. Emmanuel Raoul a réussi à récupérer la sienne en restaurant les fichiers de son téléphone. Il a accepté de nous la transmettre et de raconter l’épisode.

 

Alors que je me déplace dans les couloirs du métro, Gare de Lyon, avec ma compagne et son fils, nous tombons sur une vingtaine de jeunes “Indignés” espagnols en train de se faire interpeller par des policiers. La scène se déroule au pied d’un escalator. Au moment où nous arrivons, la situation est très tendue, un policier menace le groupe, bombe lacrymogène à la main, puis se saisit violemment d’un de ces jeunes, qu’il emmène à l’écart.

Sachant que ces “Indignés” revendiquent la non-violence, nous nous étonnons de l’attitude “virile” de l’agent. Mon réflexe de journaliste et de citoyen est de documenter cette scène, en la filmant avec mon téléphone portable. Trente secondes après, le policier qui procède à l’interpellation se jette sur moi, arrache le téléphone de mes mains et le confisque. Voici le dialogue retranscrit :

- Policier 1 : “Regarde là, là là là, prends-le prends-le!”
- Emmanuel Raoul : “Je suis journaliste, je suis journaliste”
Un deuxième policier pousse le téléphone avec sa main.
- Policier 2 : “Et alors? Est-ce que vous accepteriez qu’on vous filme pendant votre travail? Non?”
- E.R : “Y’a pas de souci je suis journaliste.”
- Sa compagne : “Sors ta carte”
Emmanuel Raoul filme les indignés à genoux. Un policier attrape son téléphone et le lui retire.
- ER : “Oh oh, je suis journaliste, oh! J’ai ma carte de presse”
- Le policier : “Vous ne me filmez pas, vous n’avez pas le droit de me filmer!”

Non seulement le policier part avec mon téléphone et refuse de me le rendre durant de longues minutes, mais il efface aussi la vidéo que je viens de tourner. Pendant ce temps, un de ses collègues me prend à part, me palpe et contrôle mon identité (carte d’identité et carte de presse), en refusant de m’indiquer dans le cadre de quelle procédure, enquête ou fichier de police ces données seront conservées.

Quand le premier policier revient, bombe lacrymogène à la main, son visage à quelques centimètres du mien, il hurle qu’il refuse d’être filmé, invoquant le risque pour lui, sa femme fonctionnaire de police et leurs trois enfants, d’être harcelés si son visage est affiché sur Internet. Il ajoute que si je diffusais ces images sans son consentement, il pourrait porter plainte mais que “ça ne changerait rien” pour sa famille. Et d’ajouter : “si je vous casse le nez, vous pouvez porter plainte, vous aurez quand même le nez cassé”. Certes il s’agit d’appuyer son discours mais c’est aussi, à mon sens, une tentative d’intimidation, voire une menace physique rendue crédible par son état d’excitation et d’énervement.

Le téléphone m'est rendu, sans la vidéo, puis les agents nous font la morale, nous accusant d’être des parents irresponsables car nous nous mêlons de cette affaire alors que nous sommes en compagnie d’un enfant de onze ans (qui assiste à toute la scène, à la fois médusé et bien sûr effrayé). En tant que citoyens et parents, nous sommes surtout choqués de voir que des agents de la force publique enfreignent les lois et se comportent d’une manière aussi agressive à l’égard de simples témoins.

Le policier m’accuse d’être partial et de ne pas avoir “vu le début”. Il m’explique que les “Indignés” ont fraudé, passant les tourniquets sans titre de transport et qu’au moment de les interpeller plusieurs d’entre eux se sont rebellés. Lorsque nous avons quitté les lieux, des dizaines de policiers étaient arrivés en renfort. Puis le groupe de jeunes a été laissé libre de quitter les lieux, sans être poursuivis. Une question me taraude donc : pourquoi tout cela ?

J’ai conscience que les policiers ont un métier difficile, extrêmement stressant, mais si un agent perd ainsi son calme face à un groupe de jeunes non-violents et de simples témoins, comment se comportera-t-il dans un contexte autrement plus tendu et menaçant ?

La semaine suivante, je me suis rendu à l’Inspection générale des services pour déposer un signalement. “En effet, il a fait un peu de zèle”, m’a répondu l’officier, m’assurant “pourtant on leur dit, ils ont des consignes” et que l’IGS allait retrouver les agents en question pour leur rappeler les règles. En sortant de son bureau, je demande à être tenu au courant des suites : “Ben non, pourquoi?” conclut-elle.

 

Emmanuel Raoul, propos recueillis par Camille Polloni

 

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/72050/date/2011-10-25/article/comment-la-police-a-efface-ma-video-darrestation-mais-pas-tout-a-fait/

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Published by Copwatcher
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commentaires

nico 24/11/2011 20:00

meme si la vidéo est effacée sur le mobile, il est possible de la récuperer avec divers logiciels ;) comme recuva ou photorec ;) tant que d'autres données n'ont pas écrasé les anciennes

Loïc 02/11/2011 10:36


Quelque chose d'assez similaire m'est arrivé dans une station de métro rennaise il y a quelques mois.

Un étudiant d'une vingtaine d'années, avec un accent allemand prononcé mais qui parlait très bien le français, voyageait vraisemblablement sans titre de transport. Plusieurs policiers en civil
l'encerclaient et s'amusaient à lui faire perdre son calme en lui aggrippant le bras ou en le poussant. Lui, qui n'en revenait pas, essayait de se maîtriser en leur expliquant que leurs gestes
étaient tout à fait inappropriés.

Quand il a prononcé le mot magique, "bavure policière", ceux-ci l'ont plaqué contre le mur et l'ont menotté. J'ai sorti mon téléphone portable, j'ai filmé la scène pendant 10-15 secondes avant
qu'un policier ne me remarque et s'empresse de m'arracher le téléphone des mains. Il charge un de ses jeunes collègues d'effacer la vidéo, m'emmène dans un coin et note mon identité sur son carnet,
tout en m'expliquant que c'est interdit, que j'aurais mis cette vidéo sur youtube et que cela représenterait un danger pour lui et sa famille ...

Nous retournons vers le jeune policier, que je surprends en train de regarder mes photos ; il me rend le téléphone, en me demandant : "En fait tu n'as pas eu le temps de prendre de vidéo, c'est ça
? _ Euh, oui ...".

Je repars, je regarde mon téléphone : cet imbécile n'a pas supprimé la vidéo (qui malheureusement ne montre pas grand-chose).


Anonyme Informaticien 31/10/2011 02:51


Bonjour,
Si jamais il arrive la même chose à quelqu'un d'autre, à savoir suppression des preuves (photos/video) par un agent de l'ordre, sur un appareil numérique (téléphone/appareil photo/caméra) sachez
qu'il est possible de récupérer des données supprimer.
Le mieux à faire après récupération de l'appareil, c'est de s'en servir le moins possible, voir de l'éteindre jusqu'à la phase de restauration.

Voici à titre informatif quelques logiciels gratuit qui pourront vous aider :
- http://www.piriform.com/recuva
- http://www.freedatarecoverysoftware.net/
- http://www.roadkil.net/program.php?ProgramID=29
- http://dmitrybrant.com/diskdiggerold


Jean-Luc LUMEN 30/10/2011 21:55


Citoyenne Lamda,

- Question pétition…en signant vous dévoilez votre identité, alors prudence avec les pétitions.

- Faite connaître autour de vous, ma lettre et le texte de se fameux article L-3213-2, qui dit qu'à défaut de preuve, …."…ou, à défaut d'après la notoriété publique un maire un préfet (représentant
de l'état)…" peut selon son bon plaisir vous interner. Je conseil de lire les pages 177 à 180 du livre LA BÊTISE ADMINISTRATIVE d'Eric Brunet (comment un vieux cultivateur a été spolié de ses
terres par un maire grâce à l'article L-3213-2

- "…vous devez être d'une très grande force mentale…" j'ai deux exemples qui m'ont donnés leur force, Mandela et mon père qui début 43 après son arrestation a été 2 mois entre les mains de la
gestapo, qui a été condamné à mort, qui a passé 6 mois dans le couloir de la mort à Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad enclave Russe)…gracié de la peine de mort transformé en 15 ans de bagne (pour
Noël), il a été envoyé dans le camp d'Esterwegen (frontière des Pays-Bas)…de là selon l'avance des alliés, ils ont été transférés de camps en camps par finir après une marche de la mort de 250 km à
travers Poméranie et le Mecklembourg…à Bützow…où l'armée Russe les ont délivrés en mai 45
Citoyenne Lamda, vous comprendrez que ce ne sont pas les SS à sarko qui me feront plier, ni leurs menaces de mort ou qui arriverons à égratigner ma force mentale… ni ma détermination, s'il le
fallait, à aider à écarter ou à exterminer les nuisibles d'aujourd'hui.

"…tout un pan de notables à changer voire à virer illico presto…" et pas mal de ripoux… avec confiscation de leurs biens et éventuellement les biens de leurs proches…et sans retraite…qu'avec le
RSA.

Jean-Luc LUMEN


Citoyen Lam(b)da 30/10/2011 11:32


Bjr
Je viens de lire votre lettre sur le monde.fr ..
ça fait peur , dire que j'ai subi seulement des violences policières physiques ( leur force physique à plusieurs qd mm ! )et psychologiques en me traitant de tous les noms car je pleurais tant ils
me faisaient mal et si peur par leurs hurlements et leurs menaces de toutes sortes .. d'où dès rentrée j'ai appelé sos médecins pour constater les blessures mais j'ai eu honte de dire que c'était
la police , j'ai seulement dit des inconnus au docteur .. incroyable ! ils se comportent comme des lâches et on n'ose mm pas les nommer ..
En fait je suis une femme et je me demande encore comment je suis tombée dedans , ignorant que tant de violence policière pouvait exister .. maintenant j'ai une trouille des flics de toutes sortes
et je ne sors plus guère car comme vous l'écrivez si bien il existe cet harcèlement qui peut aller très loin et que personne ne peut et ne veut arrêter , et aucune volonté du gouvernement de
nettoyer cette ... mentalité .. bref
Remarquez que même en sortant si peu ,il a fallu d' une seule fois pour me retrouver dans le même engrenage en pire et cela sans aucune raison .. peut être ma peur d' eux a tant transpiré que
j'étais coupable d' office pour eux .. d'ailleurs j'ai réussi cette fois là à prouver mon innocence dès le lendemain de chez moi par fax mais ils m'ont fait passer une journée en enfer et le mot
est très faible ..
J'en arrive à hair la police et à être insensible à tous leurs malheurs quand malheurs il y a .. aucune peine quels que soient leurs malheurs .. et cette haine me bouffe néanmoins
On est de passage sur terre , j'aurai tant voulu n'être qu' amour mais non ! y a toujours cette haine à leur encontre et cette jubilation énorme dès qu'un malheur s' abat sur l'un d' entre eux même
inconnu .. je jubile tant ! soit mais après coup je déplore tant d' être si emplie de haine , ce n'est pas la vie dont je rêvais ni la personne que je souhaitais être ni que j'aurai dû être si les
choses avaient été plus normales .. et plus justes
Suis sûre qu'il y a de bons et braves flics , très peu certes aussi sans doute veulent ils se fondre dans la masse .. et rester dans l'ombre , à force ils vont leur ressembler ..
Si pétition il y a pour vous je veux bien la signer ..
Je déplore tout ce qui vous est arrivé, je pense que je serai devenue vraiment folle si tant d' absurdités si graves m'étaient arrivées , vous devez être d'une très grande force mentale .. il est
vrai que nos gouvernements successifs ne nous ont pas protégés et se fichent de nous , nous d'en bas en grande souffrance de mauvaise justice .. d' injustices
Je ne pense pas que cela change avec le nouveau gouvernement , je crois en éva joly mais elle ne passera jamais .. trop de probité en elle et tout un pan de notables à changer voire à virer illico
presto .. les incrustés vont faire barrage ..et ils sont très nombreux !
Nous allons garder cette souffrance de forte injustice vitam aeternam mais si vous avez le courage de poursuivre par pétitions et autres : je signe !
J'aimerai vous dire que votre douleur est mienne je la comprends tellement mais elle est bien pire que ce que je peux imaginer je sais bien
Bon courage ! vraiment